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Jeudi 7 août 2008


Source: le site Juif antisioniste Yechouroun



Publié dans La Revue internationale et stratégique, Paris, été 2008, pp. 195-207. (Revue de l'Institut Iris: Institut de Relations Internationales et Stratégiques)




Yakov M. Rabkin, professeur d’histoire à l’Université de Montréal et auteur du livre Au nom de la Torah : une histoire de l’opposition juive au sionisme




Résumé


Deux allégations formulées à l’endroit du président iranien Mahmoud Ahmadinejad intensifient les pressions que les États-Unis et Isra- l font peser sur l’Iran : il est accusé de nier la Shoah et de menacer de génocide la population israélienne. Souvent, on présente l’Iran comme une nouvelle Allemagne nazie et le président Ahmadinejad comme un nouvel Adolf Hitler. Cet article retrace les origines de ces accusations en mettant en lumière le rôle que joue, dans la formation du discours occidental sur l’Iran, l’amalgame que d’aucuns pratiquent entre les juifs, d’une part, et l’État d’Israël, d’autre part. En terminant, l’article met en garde contre les réactions épidermiques et fait ressortir la nécessité d’agir rationnellement, particulièrement lorsque les Occidentaux ont affaire à des dirigeants qu’ils jugent irrationnels.



Abstract


Two claims attributed to President Mahmoud Ahmadinejad have intensified the pressure that the United States and Isra-l have put on his country: he is accused of denying the Holocaust and threatening a genocide against Israel’s population. Iran is often presented as a new Nazi Germany and President Ahmadinejad as a new Adolf Hitler. This article traces the origins of these accusations and explains the role that the confusion between the Jews, on one hand, and the state of Isra-l, on the other, has played in shaping Western perceptions of Iran. The article concludes by emphasizing the importance of avoiding knee-jerk reactions and acting rationally, particularly when dealing with leaders the West deems irrational.


Deux accusations dominent dans le discours occidental sur l’Iran depuis quelques années. On accuse le président Mahmoud Ahmadinejad de nier la Shoah et de vouloir rayer de la carte l’État d’Isra-l. Les médias répètent souvent ces accusations dans les émissions et les textes consacrés à l’Iran. Ce discours influe sur les décisions politiques, potentiellement graves, que prennent les gouvernants ou leurs représentants. Lorsque le représentant des États-Unis quitte une réunion plénière de l’Assemblée générale de l’ONU, à l’automne 2006, il donne principalement deux raisons pour justifier son refus d’écouter le discours du président iranien : M. Ahmadinejad nie la Shoah et veut rayer Isra-l de la carte. Un an plus tard, le président de l’Université de Columbia réitère les mêmes allégations dans le « discours de bienvenue », plutôt hostile, qu’il adresse au président iranien, invité à parler sur le campus. Ces allégations fournissent une justification morale aux pressions exercées sur l’Iran pour qu’il cesse ses activités nucléaires et elles offrent par conséquent à Isra-l et aux États-Unis un argument convaincant pour la préparation d’une attaque militaire contre l’Iran. C’est pourquoi les deux forfaits que l’on reproche au président iranien méritent un examen attentif.


Cet article se propose de retracer les origines de ces accusations, sans pour autant discuter de la personne du président iranien ni, encore moins, de ses intentions. Cet article ne traite donc pas de la politique étrangère de l’Iran, mais plutôt de quelques particularités du discours occidental sur l’Iran. Il s’intéresse aux propos de ceux qui présentent l’Iran comme la nouvelle Allemagne nazie et Mahmoud Ahmadinejad, son président, comme un nouvel Adolf Hitler. À preuve, la représentation que l’on donne couramment aujourd’hui de l’Iran, à savoir que le pays et son président représenteraient une grave menace pour le monde entier. Ces déclarations sont à l’origine des pressions exercées sur l’Iran pour que le pays mette fin à ses activités d’enrichissement de l’uranium, même s’il a signé le traité de non-prolifération (TNP) et que ses représentants ont affirmé à de nombreuses reprises qu’ils n’avaient pas l’intention de se doter d’armes nucléaires.


Les pressions auxquelles est soumis l’Iran se fondent largement sur les préoccupations affichées par le gouvernement américain concernant la sécurité d’Isra-l. Les deux accusations reflètent l’amalgame assez courant entre l’État d’Isra-l, d’une part, et les juifs, d’autre part, ainsi qu’entre l’antisémitisme et l’antisionisme. Cette confusion politiquement utile étouffe depuis longtemps le débat politique sur Isra-l et la Palestine dans les pays occidentaux. Ceux qui se livrent à des critiques contre Israël se voient souvent qualifiés d’antisémites, même s’ils sont juifs. On n’hésite pas à recourir aux insultes ad hominem: l’ancien président Jimmy Carter et le pasteur Desmond Tutu comptent parmi les cibles les plus illustres de ces accusations, qui commencent à avoir des effets sur les relations internationales à plus grande échelle.



Négation de la Shoah


D’après la BBC, M. Ahmadinejad s’est exprimé de la manière suivante : « Si les pays européens insistent sur le fait qu’ils ont massacré des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale… pourquoi n’offriraient-ils pas au régime sioniste un territoire en Europe ? » Bien sûr, il s’agit à l’évidence d’une provocation, pourtant ni cette affirmation ni les nombreux autres propos du président iranien que l’on pourrait citer n’indiquent qu’il ait eu comme but de nier le génocide nazi. Il utilise plutôt le souvenir de la Shoah pour attirer l’attention sur le sort des Palestiniens et pour tester les limites de la liberté de parole que réclame l’Occident. Il met en relief le fait que l’on peut publier en Occident des caricatures de Mahomet, de Jésus ou de Moïse tandis que dans bien des pays européens il est interdit par la loi de s’interroger sur la réalité de la Shoah ou de s’en moquer. Il montre que la Shoah a été transformée en objet sacré.


Le concours de caricatures sur la Shoah organisé en Iran visait justement à souligner cette sensibilité particulière et, comme on aurait pu le prévoir, l’exposition a provoqué une réaction furibonde de la part d’Isra-l et de nombreux pays occidentaux. C’était précisément là l’effet escompté par le président iranien. Certaines caricatures étaient franchement antisémites et elles s’accompagnaient d’une iconographie imagée empruntée à l’arsenal antisémite européen, que des médias musulmans diffusent régulièrement. D’autres caricatures pouvaient être considérées comme révisionnistes, voire négationnistes. Peut-on pour autant en conclure que le président iranien même nie la Shoah?


Il proteste, certes, contre les conséquences de la formation de l’État sioniste sur les Palestiniens (musulmans, chrétiens, ainsi qu’un certain nombre de juifs non et anti-sionistes), qui ont dû payer le prix d’un crime commis par les Européens. Bien qu’il soit ouvertement antisioniste, M. Ahmadinejad précise souvent qu’il n’est pas antisémite. La présence de six rabbins barbus et vêtus de noir à la conférence intitulée « Bilan de la Shoah, une vision d’ensemble », qui s’est tenue à Téhéran en décembre 2006, a donné au président iranien l’occasion de dire encore une fois qu’il n’était point antisémite. Les rabbins antisionistes ont maintes fois répété que la Shoah était un fait historique indiscutable et que parmi eux plusieurs avaient perdu des parents durant la Shoah. L’un d’entre eux, le rabbin Y. D. Weiss, a ajouté qu’il n’était pas allé à Téhéran pour donner du crédit à la négation de la Shoah : il était venu expliquer la distinction à faire entre sionisme et judaïsme, entre la Shoah et les bénéfices qu’en retirent le mouvement sioniste et l’État d’Israël. Selon le rabbin, M. Ahmadinejad « n’est pas l’ennemi du peuple juif. Il ne l’a jamais été. C’est un homme très croyant. Il respecte le peuple juif et le protège en Iran, mais si les sionistes continuent à le décrire comme un ennemi, il a prévenu qu’il pourrait alors, que Dieu l’en garde, devenir un ennemi. »


Selon l’agence officielle de presse iranienne IRNA, M. Ahmadinejad a en outre déclaré que « les êtres humains prudents et justes ne blâmeraient pas les juifs pour les crimes commis dans les territoires occupés par le régime sioniste illégitime et par ses partisans ». En Iran, où ils vivent depuis des milliers d’années, les juifs continuent à pratiquer leur religion sans trop d’ingérence de la part des autorités gouvernementales. Or, si M. Ahmadinejad avait été antisémite, n’aurait-il pas commencé par harceler les juifs de son pays, avant de défier la superpuissance de la région, dotée de l’arme nucléaire ?


Cependant, notons-le, la conférence de Téhéran mise sur pied par M. Ahmadinejad n’avait pas comme objectif de contribuer à la recherche historique. Elle avait des visées politiques évidentes, puisqu’on a refusé d’accueillir plusieurs délégations de survivants du génocide nazi, qui avaient demandé à y participer, ainsi que des chercheurs qui désiraient y présenter leurs travaux. L’Iran a même refusé d’accorder un visa à Khaled Mahameed, Israélien palestinien qui a fondé le premier musée arabe de la Shoah. Parallèlement, parmi les invités se trouvaient des personnes qui, comme le Français Robert Faurisson, étaient accusées de négationnisme ou de vouloir revoir à la baisse le nombre des victimes du génocide nazi.


Si le président iranien utilise ouvertement la mémoire de la Shoah à des fins politiques, il n’est pas le seul à le faire ni le premier. Selon Moshé Zimmermann, professeur d’histoire allemande et intellectuel bien connu tant en Isra-l qu’en Allemagne, « la Shoah est un événement souvent utilisé. Si l’on était cynique, on pourrait dire que la Shoah est l’événement historique le plus utilisé pour manipuler l’opinion publique, particulièrement chez le peuple juif lui-même, à l’intérieur et hors d’Isra-l. Dans la vie politique israélienne, la Shoah est invoquée pour démontrer qu’un juif désarmé équivaut à un juif mort. » Plus récemment, le sous-ministre israélien de la Défense Matan Vilnaï a eu recours à ce terme pour agiter contre les Palestiniens de Gaza la menace d’une destruction totale. Ce glissement dans l’usage du terme Shoah semble constituer un précédent discursif.


La négation de la Shoah paraît exceptionnellement grave. Quelqu’un qui nierait les pogroms de Kichinev de 1903, ou le massacre de centaines de milliers de juifs en Ukraine au XVIIe, ou encore l’expulsion des juifs d’Espagne au XVe siècle n’attirerait pas plus l’attention qu’un membre de la Flat Earth Society (organisation qui prétend que la Terre est plate). C’est non seulement l’ampleur de la tragédie, mais aussi l’usage qu’on en fait à des fins politiques, procédé décrié par Moshé Zimmermann et par beaucoup d’autres juifs, qui font de la Shoah un phénomène unique en son genre.


Un ancien ministre israélien de l’Éducation affirme que « la Shoah n’est pas seulement le fruit de la démence d’un État, qui a eu lieu une seule fois et qui est révolue, mais bien une idéologie qui n’est pas morte, et encore aujourd’hui le monde devrait s’excuser des crimes commis contre nous ». En plus de contribuer à légitimer le caractère sioniste d’Israël -- État du peuple juif plutôt qu’État appartenant à tous ses citoyens -- la Shoah a été un excellent moyen de bénéficier de l’aide fournie par les pays occidentaux. Un parlementaire israélien n’a-t-il pas déclaré, tout à fait ouvertement ?


Même les meilleurs amis d'Isra-l se sont abstenus de donner aux juifs européens une aide substantielle et ont tourné le dos aux cheminées des camps de la mort [...]. C'est pourquoi tout le monde libre, particulièrement de nos jours, doit démontrer sa repentance [...] en procurant à Isra-l une aide diplomatique, défensive et économique.


L’industrie de l’Holocauste, ouvrage de l’intellectuel américain Norman Finkelstein, renferme de nombreux documents sur la manière dont le génocide nazi a été exploité à des fins politiques. Le souvenir de la Shoah sert notamment à faire taire les critiques et à susciter la sympathie envers cet État qui se présente, depuis la Déclaration d’indépendance, comme l’héritier des six millions de victimes. Ce fut le cas en 1948, et tout particulièrement en 1967 lorsque le gouvernement d’Isra-l a sonné l’alarme en évoquant l’imminence d’un second génocide, même si les recherches historiques effectuées depuis lors montrent que les généraux israéliens n’avaient jamais douté de leur victoire. Ce recours au spectre de la Shoah a été utilisé sciemment pour justifier l’attaque préventive contre les États arabes voisins, en juin 1967.


Ces événements encouragent les juifs à embrasser l’idéologie sioniste, à soutenir l’État d’Isra-l considéré comme une réparation pour le sort tragique des victimes de la Shoah. En renforçant le lien idéologique entre la Shoah et l’État d’Israël, on affirme que la survie des juifs ne peut être assurée par les États libéraux, mais uniquement par l’État sioniste. Ce fut un symbole fort quand le premier astronaute israélien, descendant d’une famille de survivants du génocide nazi, emporta avec lui un souvenir de cette époque dans la navette spatiale américaine : un paysage lunaire dessiné par un adolescent dans le camp de concentration de Theresienstadt. Le message était celui de la renaissance du peuple juif, de la fierté d’appartenir à l’État d’Isra-l après l’horreur de la Shoah.


La mention de la Shoah permet également de souligner l’importance et la légitimité du recours aux armes. Alors qu’ils participaient à une foire aéronautique en Pologne, trois avions de chasse israéliens frappés de l'étoile de David et pilotés par des descendants de survivants de la Shoah ont survolé l'ancien camp d'extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau tandis que deux cents soldats israéliens les observaient à partir du sol. Commentant cette manifestation, un pilote israélien a exprimé ainsi sa confiance en la force armée: « C'est un triomphe pour nous. Il y a soixante ans, nous n'avions rien : pas de pays, pas d'armée, rien. Maintenant nous arrivons ici à bord de nos avions de chasse. »


C’est précisément ce lien entre l’État d’Isra-l et la Shoah, plutôt que le génocide perpétré par les nazis, que M. Ahmadinejad considère comme un « mythe ». Cet usage du terme « mythe » est assez courant ; son emploi par le président iranien ne représente pas plus une négation de la Shoah que l’ouvrage du respecté historien israélien Zeev Sternhell intitulé The Founding Myths of Zionism1 ne constitue « un déni du sionisme ».



Appel à l’anéantissement des juifs d’Isra-l


Les médias occidentaux, dont Le Monde daté du 27 octobre 2005, annoncent que le président iranien a déclaré qu’« Israël doit être rayé de la carte ». Or, les experts s’entendent pour dire que le président iranien, lors de son discours, n’a prononcé ni le mot « rayer » ni le mot « carte ». Il a plutôt repris l’une des déclarations de l’ayatollah Khomeyni : « Esrâ’il bâyad az sahneyeh roozégâr mahv shavad », ce qui signifie « Isra-l doit disparaître de la page du temps ». Nous avons puisé cette phrase dans un site Web de l’opposition iranienne à l’étranger dont on ne peut pas soupçonner de vouloir embellir les paroles du président (2). Dans un premier temps, une traduction erronée, selon laquelle la phrase signifiait qu’Isra-l devait « être rayé de la carte », a circulé dans le monde entier. Toutefois, certains instigateurs israéliens de la campagne contre l’Iran ont par la suite cessé discrètement de l’utiliser. Ainsi, un rapport sur l’Iran publié en 2006 par le Jerusalem Center for Public Affairs (JCPA), groupe de réflexion (think tank) particulièrement actif dans la campagne contre l’Iran, a omis la traduction inflammatoire, tout en attribuant au président iranien « une intention génocidaire ». Cet adjectif revient de plus en plus fréquemment dans les publications sionistes récentes : le même rapport fait aussi référence à « la guerre génocidaire manquée menée contre Isra-l, en 1948, par plusieurs États arabes et par les Palestiniens ».


Pourtant, selon les propos du ministre des Affaires étrangères de l’Iran, M. Manouchehr Mouttaki (tels que les rapporte un autre site de l’opposition au régime actuel en Iran), son pays « ne projette de détruire aucune nation, ni aucun pays ». Il ajoute que « tout enfant allant à l’école sait qu’il est impossible de rayer un pays de la carte (3) ». L’agence de presse iranienne officielle IRNA indique que M. Ahmadinejad « a appelé à la nécessité de résoudre les problèmes mondiaux, notamment le problème palestinien, au moyen du dialogue ». Sur les ondes du réseau ABC News, il appelle à résoudre la situation en Palestine en conformité avec la charte des Nations Unies et à laisser aux Palestiniens le droit de décider de leur avenir en proposant de tenir « un référendum basé sur le droit international, auquel participeraient tous les Palestiniens, musulmans et juifs ». Dans la même interview, Ahmadinejad réitère son affirmation selon laquelle « nous nous efforçons d’éviter tout conflit ou effusion de sang. Étant opposés aux conflits de toute nature, nous avons souvent répété que l’on peut résoudre les problèmes du monde par le recours au dialogue, à la logique et à l’amitié. Il n’y a nul besoin d’utiliser la force. »


Curieusement, alors que certaines positions de M. Ahmadinejad font la une des quotidiens, on accorde peu d’attention aux propos de l’ayatollah Khamenei, qui détient le véritable pouvoir en Iran et qui a déclaré que son pays appelait à la normalisation des relations avec Israël si celui-ci accepte la proposition dite des deux États formulés par la Ligue arabe en 2002, puis de nouveau en 2007.


Par ailleurs, la fameuse phrase prononcée par M. Ahmadinejad s’inscrit dans une série de comparaisons historiques. Selon l’Associated Press, le président iranien a déclaré également : « Le régime sioniste sera bientôt effacé, de la même façon que l’a été l’Union soviétique, et l’humanité sera libre. » En réalité, il s’attend à ce qu’Isra-l se désagrège pacifiquement, sous le poids de ses contradictions internes, comme cela a été le cas de l’URSS, dont le déclin a été pacifique. Comme la disparition de l’Union soviétique n’est pas attribuable à l’utilisation de l’arme nucléaire, le président iranien ne propose pas d’utiliser la force armée pour précipiter la fin de l’État d’Isra-l. De toute façon, cela ne serait guère sérieux, car on estime qu’Isra-l bénéficie d’une supériorité militaire incontestable dans la région. M. Ahmadinejad prévoit que, de même que le communisme a perdu sa légitimité et s’est évanoui, le mouvement sioniste disparaîtra un jour. Dans le même discours, il mentionne d’autres phénomènes historiques, comme la chute du régime du Shah, ou encore la disparition des pharaons en Égypte, marquant la fin de régimes qui apparaissaient alors comme invincibles et éternels. Si le communisme en URSS et le régime du Shah ont disparu sans que la Russie et l’Iran aient été rayés de la face de la Terre, argue Ahmadinejad, il en ira de même du mouvement sioniste : sa disparition n’est pas synonyme de la destruction de l’État d’Isra-l ou du peuple juif. Commentant le discours du président iranien, Jonathan Steel, journaliste au quotidien britannique The Guardian, est d’avis qu’il n’exprime rien de plus « qu’un vague souhait pour l’avenir (4) ». En fait, ce que souhaite le président iranien est un changement de régime en Israël, et non l’élimination physique de sa population. Dans ce domaine, le gouvernement de G.W. Bush a certes pris les devants en s’efforçant de remplacer les régimes politiques qui ne se pliaient pas à ses attentes, par exemple en menant une guerre en Irak, tout comme ses prédécesseurs l’avaient fait, ou tenté de le faire, à Cuba et au Chili.


Même quand les militants sionistes de la campagne contre l’Iran ont abandonné l’allégation basée sur la fausse traduction et décriée par l’ambassadeur iranien aux Nations Unies sur les ondes de CNN, presque tous les membres du Congrès des États-Unis (411 en tout) ont condamné le président iranien pour « avoir voulu inciter au massacre massif des juifs d’Isra-l ». Le démocrate Steve Rothman maintenait, à l’été 2007, que l’Iran avait menacé « de rayer Isra-l de la carte ». Shimon Peres, actuel président de l’État d’Isra-l et lauréat du prix Nobel pour la paix, avertissait que « l’Iran aussi pourrait être rayé de la carte ».


Ne pourrait-on rapprocher ce souhait des prières « pour l’anéantissement pacifique de l’État sioniste » prononcées régulièrement par les juifs antisionistes, groupe dont sont issus les rabbins qui ont donné l’accolade au président iranien, à la conférence de Téhéran ? En fait, on trouve fréquemment dans la liturgie juive le voeu de voir disparaître ceux qui ne reconnaissent pas Dieu ou qui commettent des actes malveillants. Par exemple, pendant les offices célébrés lors du Nouvel An juif (Rosh Hashanah) et de Kippour, on rencontre l’expression « ou’malkhout ha’reshaa koula ké’ashan tikhleh » (et le royaume du Mal périra comme la fumée). Une fois de plus, le sens littéral de cette citation pourrait renvoyer à des destructions et à des massacres, cependant son sens réel est que tous les actes malveillants, perpétrés à quelque endroit que ce soit, devraient disparaître définitivement. Bien entendu, on n’envisage de tuer personne, certainement pas des milliers d’innocents.


Mais si on voulait diaboliser les juifs, on pourrait prendre cette prière à la lettre. Certains Israéliens antireligieux ont même interprété cette prière traditionnelle comme un appel à la destruction de la majorité athée de la population juive d’Israël. La tradition juive abhorre les lectures littérales des textes sacrés ; elle se fie plutôt aux interprétations rabbiniques, même s’il arrive que celles-ci paraissent parfois forcées. Par exemple, depuis toujours les rabbins considèrent l’adage biblique « oeil pour oeil » (la loi du talion) comme l’obligation d’offrir un dédommagement; on n’incite pas la victime à se venger en crevant l’oeil de celui qui a crevé le sien. Ces fragments choisis de la liturgie juive constituent un exemple de la rhétorique religieuse qui se fonde souvent sur de puissantes métaphores.


Le président iranien, inspiré par sa religion, prédit la fin du régime sioniste, mais il n’annonce pas le massacre des habitants d’Isra-l. Même si l’Iran n’hésite pas à fournir des armes aux chiites combattant en Irak et au Liban, la dernière attaque de l’Iran contre un autre pays remonte à plus de trois siècles. En outre, le président iranien est loin d’avoir le dernier mot dans son pays il doit composer avec le complexe équilibre des pouvoirs de cet État mi-théocratique, mi-démocratique. Par ailleurs, ses excès rhétoriques ont été dénoncés par un certain nombre d’intellectuels iraniens. Les médias ont rapporté aussi que des groupes d’étudiants avaient protesté à Téhéran contre la tenue de la conférence sur la Shoah et brûlé en effigie le président iranien.



Le lobby sioniste



Le lobby israélien a joué un rôle important dans la campagne de propagande contre l’Iran. Lors du congrès, qui s’est tenu au printemps 2006, l’AIPAC (American Isra-l Public Affairs Commitee) fait de l’Iran sa cible principale et présente sur écran géant un montage juxtaposant Adolf Hitler dénonçant les juifs et le président iranien menaçant de « rayer Israël de la carte ». Le spectacle se termine par un fondu sur la maxime énoncée après la Shoah « Never again ! » (Plus jamais ça !). Au fil des mois, ces images sont devenues courantes.


Le JCPA fait la promotion de la campagne contre l’Iran à partir d’Isra-l et des États-Unis. En décembre 2006, il organise une conférence de presse dans laquelle on propose d’inculper le président iranien pour avoir menacé de commettre un massacre. Deux avocats, l’Américain Alain Derschowitz et le Canadien Irwin Cotler, connus pour les liens qu’ils entretiennent avec la droite israélienne, sont présents et soutiennent l’inculpation. Plus tard, Cotler a renforcé l’accusation en recourant à l’association B’nai B’rith Canada; celle-ci a exigé que le Canada et d’autres gouvernements intentent une poursuite contre l’Iran pour avoir violé la convention des Nations Unies sur le génocide. L’initiative du JCPA est à l’origine de mises en accusation similaires aux États-Unis, en Australie et dans d’autres pays.


Mais c’est l’Isra-l Project, groupe appartenant au lobby israélien et ayant son siège au Hudson Institute à Washington, qui met au point la manoeuvre la plus impressionnante pour intensifier la campagne contre l’Iran. En mars 2007, le groupe a distribué un kit de presse sur l’Iran, à plus de 17 000 journalistes professionnels et à 40 000 militants pro-israéliens aux États-Unis. En outre, le bureau d’Isra-l Project à Jérusalem a distribué la trousse à plus de 400 journalistes étrangers accrédités en Israël. Ce dossier de presse réaffirme que le président iranien « nie la Shoah» et « veut rayer Israël de la carte ». Il ajoute aussi que les dirigeants politiques iraniens ont soutenu des attaques qui ont tué des milliers d’Américains. Comme bon nombre d’Américains croient que le séculariste Saddam Hussein était impliqué dans les attentats islamistes du 11 septembre 2001, ils n’auraient pas eu de difficulté à accepter cette nouvelle accusation.


L’Isra-l Project joue aussi sur la peur d’une attaque nucléaire : l’un des documents compris dans le kit de presse s’intitulait «The nuclear clock is ticking… and time is running out » (Les secondes s’écoulent sur l’horloge nucléaire… il ne reste plus beaucoup de temps). Les documents distribués par l’Isra-l Project constituent sans doute la tentative la plus efficace et l’effort le plus abouti pour présenter l’Iran comme une menace pour la sécurité des États-Unis. Le projet s’ajoute à d’autres activités menées par le lobby sioniste, par ailleurs plus visibles que son appui à l’attaque contre l’Irak, en 2003.


À automne 2007, la B’nai B’rith achète une page publicitaire dans le New York Times afin de « promouvoir l’action militaire contre l’Iran ». Norman Podhoretz, rédacteur vétéran de la revue Commentary et militant sioniste, fait d’Ahmadinejad « un révolutionnaire comme Hitler … qui veut établir un nouvel ordre mondial sous la tutelle de l’Iran ». Il ne voit aucune autre solution possible que le « recours effectif à la force ». Bernard Lewis, orientaliste chevronné, sioniste et conseiller du président Bush, prophétise, dans les pages du Wall Street Journal, la date exacte à laquelle Ahmadinejad provoquera « la fin du monde ».


L’alarmisme est un instrument souvent utilisé dans l’histoire du mouvement sioniste. Nathan Sharansky et Shlomo Avineri, en dépit de leurs différends politiques, appellent les juifs du monde entier à s’unir contre l’Iran. Ils répètent que « l’Iran veut rayer Isra-l de la carte ». Sharansky voit dans l’opposition à l’Iran l’occasion de « sauver le monde ». L’historien israélien Benny Morris, lui, craint qu’il y n’ait une autre Shoah et décrit un scénario apocalyptique dans le Jerusalem Post. L’hystérie est quasiment palpable. L’anxiété qui se fait jour à l’égard de l’Iran reflète la préoccupation concernant la sécurité profondément ancrée dans la mentalité israélienne et constamment exprimée. Aussi bien les critiques d’Isra-l convaincus que les sionistes les plus engagés mettent en évidence le paradoxe suivant : Isra-l, souvent présenté comme l’ultime refuge du peuple juif, est en réalité devenu pour lui l’un des lieux les plus dangereux.


Ce sentiment d’impasse n’est pas nouveau. Lorsque, en 1948, la première guerre éclate en Palestine, Hannah Arendt lance un avertissement:


Et même si les juifs étaient amenés à gagner la guerre […], ils vivraient encerclés par une population arabe qui leur est hostile, isolés à l’intérieur de frontières encore menaçantes, absorbés par la nécessité de se défendre. […] Et tout ceci serait le destin d’une nation qui – sans se soucier du nombre d’immigrants pouvant encore être absorbés et de l’endroit où se situeraient les frontières – resterait encore un très petit peuple largement en sous-effectifs si on le comparait à ses voisins hostiles.


Cette mise en garde montre que l’intellectuelle et politologue juive avait compris qu’il était périlleux et hasardeux d’établir un État contre la volonté des habitants de la région et des États environnants. Plusieurs penseurs juifs éminents, qu’ils soient athées ou religieux, craignaient que le sionisme selon Ben Gourion ne mette en danger tant la survie physique que la survie spirituelle des juifs. De nos jours, alors qu’aucun État arabe ne peut s’opposer à Isra-l sur le plan militaire, c’est sur l’Iran que se concentrent les peurs israéliennes. Juste à l’est de l’Iran, qui a encore un long chemin à parcourir avant d’acquérir l’arme nucléaire, se trouve le Pakistan, régime instable qui possède un arsenal nucléaire bien réel. Comme Arendt l’a prophétisé, les menaces à l’égard de l’existence d’Isra-l ne prendront jamais fin, si l’État pratique la politique de développement séparé et ne compte que sur la force dans ses rapports avec les Arabes.



Dissensions parmi les juifs



Il est facile d’associer la campagne anti-iranienne à Israël et aux juifs, et cela pose un danger pour les juifs, tout d’abord en Iran. Du même souffle, les sionistes poussent les juifs vivant en Iran à émigrer vers Israël « comme ils auraient dû le faire depuis longtemps ». Cette attitude complique la vie de la plus vieille communauté juive du monde musulman. On reconnaît là une constante du projet sioniste : la volonté de convaincre les juifs de quitter leurs pays respectifs pour les rassembler en Israël prend le pas sur le bien-être et la volonté des individus. En effet, les médias israéliens rapportent que 40 juifs iraniens sont arrivés en Isra-l en décembre 2007. Il s’agit d’un projet financé par l’International Fellowship of Christians and Jews, regroupant des sionistes et des évangéliques qui songent à accélérer le Second Avènement du Christ en rassemblant les juifs en Terre sainte. L'appui massif qu'offrent à l'État d'Israël des millions de partisans chrétiens du sionisme est motivé par cet espoir ouvertement exprimé : le retour des juifs à la Terre sainte servirait de prélude à leur adhésion au Christ ou, pour ceux qui s’y refuseraient, à leur élimination physique. Ce scénario messianique prévoit la destruction d'un grand nombre de juifs et la conversion au christianisme de ceux qui échapperaient à ce sort. Selon un observateur israélien, il s’agit d’«une pièce en cinq actes où les juifs disparaissent au quatrième». La collaboration des organismes sionistes juifs avec les mouvements évangéliques met en relief le fait que certains organismes nominalement juifs sont en train de perdre leurs liens avec le judaïsme au profit de l’engagement inconditionnel pour le sionisme.


La relation avec l’État d’Isra-l et avec le sionisme divise depuis longtemps la communauté juive selon un axe séparant tous les groupes: Ashkénazes et Séfarades, traditionalistes et non-traditionalistes, pratiquants et non-pratiquants. Dans chacune de ces catégories, on peut trouver des juifs pour qui la fierté nationale, le pouvoir politique et militaire sont devenus des valeurs positives : ils donnent leur soutien enthousiaste à l’État qui incarne pour eux une force vitale, le triomphe de la volonté collective et la garantie de la survie des juifs du monde entier. Mais chacune de ces catégories inclut aussi des juifs qui croient que la simple idée d’un État juif, et l’investissement moral et humain qu’il exige, va à l’encontre de tout ce que le judaïsme enseigne, particulièrement des valeurs centrales d’humilité, de compassion et de charité.


La question d’Isra-l et du sionisme pourrait diviser irrémédiablement les juifs, comme l’a fait l’avènement du christianisme, il y a deux mille ans. Le christianisme, incarnant une lecture grecque de la Torah, s’est finalement détaché du judaïsme. Le sionisme, un nationalisme foncièrement européen, incarne une lecture romantique de la Torah et de l’histoire du peuple juif. Il reste à voir si la scission entre ceux qui restent attachés à la tradition morale juive et les adeptes du nationalisme juif pourrait être colmatée. Bien que fatale pour les juifs et le judaïsme, cette fracture ne devrait pas menacer l’avenir de l’État d’Isra-l qui, de nos jours, compte beaucoup plus de chrétiens que de juifs parmi ces partisans inconditionnels.


Des organismes ayant un nom à consonance religieuse, tant juifs que chrétiens, participent à la campagne anti-iranienne. Bon nombre d’entre eux ont lancé une pétition en ligne accusant le président iranien d’inciter au génocide. Les synagogues sionistes organisent des événements où l’on fait de la propagande contre l’Iran et des rabbins mettent en garde les fidèles contre le président iranien, qui aurait des visées génocidaires.


La campagne contre l’Iran a mis en lumière une profonde scission entre les juifs qui soutiennent inconditionnellement Isra-l et ceux qui rejettent ou remettent en cause le sionisme et les actions entreprises par l’État d’Israël. Les rabbins antisionistes qui ont embrassé Ahmadinejad à Téhéran ne sont pas les seuls juifs à critiquer, voire dénoncer Isra-l. Le débat public sur la place que doit prendre Israël pour assurer la continuité juive est devenu ouvert et franc, non seulement en Israël mais partout dans le monde. Il coïncide avec les graves préoccupations que suscite l’avenir de l’État qui, à cause de la dépossession et du déplacement des Palestiniens qu’a provoqués sa fondation, condamne des générations de ses citoyens à mener une guerre continue.


Même si les juifs sont peu nombreux à se demander publiquement si cet État ethnocratique et chroniquement assiégé est « bon pour les juifs », des figures politiques aussi notoires que l’ancien président de l’Organisation sioniste mondiale Avraham Burg affirme que l’État sioniste met les juifs en danger, tant en Israël que dans la diaspora. Des théologiens juifs déplorent l’érosion des valeurs morales du judaïsme imputable au projet sioniste (5).


Cette préoccupation commence à se manifester dans la culture populaire. Ainsi, dans son film Munich, le cinéaste juif américain Steven Spielberg analyse avec une grande précision le coût moral du constant recours à la force. Dans une scène du film, l’un des membres du commando israélien qui traque les militants de la diaspora palestinienne ressent un tel dégoût qu’il en vient à démissionner. Pour expliquer son geste, il déclare: « Nous sommes juifs. Les juifs n’agissent pas violemment parce que leurs ennemis le font…nous devons être justes. C’est beau, c’est juif. » Alors que dans La liste de Schindler Spielberg explorait les menaces pesant sur la survie physique des juifs, dans Munich il expose les risques qu’ils encourent quant à leur survie spirituelle. Le lobby sioniste, aligné sur la droite nationaliste en Israël, a vivement attaqué le réalisateur juif et son film, qui pourtant(5) Marc Ellis, Reading the Torah out Loud, : a Journey of Lament and Hope, Fortress Press, 2007. n’était alors qu’à l’état de projet. Le lobby a également lancé des assauts contre des ouvrages récents - Prophets Outcast, Wrestling with Zion, Myths of Zionism, The Question of Zion, ainsi que contre des titres français comme Exil et souveraineté, La révolution sioniste est morte, Les démons de la Nakbah - qui portent sur le conflit fondamental entre le sionisme et les valeurs juives.


Même si les conflits d’opinion bien marqués constituent une constante de l’histoire juive, le lobby sioniste (s’exprimant cette fois par le truchement de l’American Jewish Committee) affirme que les juifs qui osent critiquer Israël mettent en danger son « droit à l’existence » et encouragent l’antisémitisme. En réaction à cette accusation, un nombre important de juifs – en Israël, au Royaume-Uni, au Canada, aux États-Unis et ailleurs - ont ranimé le débat portant sur Israël et l’on trouve des reflets de cela même dans les publications conservatrices. Ainsi, en janvier 2007, The Economist publie une enquête sur la situation des juifs, ainsi qu’un éditorial appelant la diaspora juive à s’écarter de l’attitude « mon pays, qu’il ait tort ou raison » adoptée par de nombreuses organisations juives. Le même journal, parmi d’autres médias papier ou électroniques, a publié un reportage détaillé sur la visite des rabbins à la conférence de Téhéran en décembre 2006. L’opposition des rabbins au mouvement sioniste et à l’existence d’Isra-l en tant qu’État sioniste (ils refusent de l’appeler « État juif » ou « État hébreu ») a affaibli encore davantage l’image d’un peuple juif uni autour du drapeau israélien.


Bien des juifs et des Israéliens croient que le lobby pro-israélien qui agit contre ceux qui oeuvrent pour la réconciliation dans la région constitue une menace pour la sécurité d’Isra-l. Ils affirment aussi que le lobby est une source potentielle d’antisémitisme, car il est souvent perçu comme « juif », ce qui crée l’impression erronée que les juifs dictent aux Américains leur politique étrangère en l’orientant vers la droite. En réalité, plus des trois quarts des juifs américains – tout comme les trois quarts des musulmans américains – ont voté contre G. W. Bush à l’élection présidentielle de 2004. Les juifs américains sont plus opposés à la guerre en Irak que leurs concitoyens en général. Il serait également faux de conclure que « les juifs » attisent le feu contre l’Iran. En fait, plusieurs organisations oeuvrant pour la paix en Isra-l et dans diverses diasporas juives ont tenu des propos qui condamnent la campagne contre l’Iran.


Dans les milieux sionistes, les efforts visant à s’opposer à la campagne contre l’Iran sont souvent perçus comme des actes de trahison. On a pu le constater dans la manière dont les rabbins antisionistes ont été traités à leur retour de la conférence de Téhéran où ils avaient donné l’accolade au président iranien. Sans prendre la peine de vérifier les faits ni d’en parler avec les principaux intéressés, des rabbins influents en Isra-l et un peu partout ont appelé à leur excommunication. Des manifestations se sont tenues devant leurs maisons. Les enfants de l’un des rabbins ont été renvoyés d’une école juive. Un autre rabbin a été exclu du cimetière juif local: on a annulé l’achat qu’il y avait fait d’un terrain pour sa propre sépulture. Un groupe d’Israéliens a agressé physiquement l’un des six rabbins antisionistes, quelques semaines après la visite des religieux à Téhéran. Les assaillants ont été félicités pour leur action, ce qui montre combien l’allégeance au sionisme a affaibli la tradition juive de compassion et de non-violence.


On ne peut imaginer quel autre acte aurait pu provoquer une telle indignation, certainement pas une transgression des commandements de la Torah. L’ampleur exceptionnelle de la réaction indique à coup sûr que les rabbins antisionistes ont touché un point sensible. Ils ont mis en cause une croyance devenue sacrée pour bien des juifs : l’idée qu’Israël constitue une réparation offerte à la suite de la Shoah et une garantie contre tout autre désastre.


Bien des critiques juifs jugent cette croyance peu lucide et dangereuse. L’historien du sionisme Boaz Efron nous rappelle la nature transitoire de toutes les organisations politiques :


L'État d'Isra-l, et tous les États du monde, apparaissent et disparaissent. L'État d'Isra-l aussi, bien évidemment, disparaîtra dans cent, trois cents, cinq cents ans. Mais je suppose que le peuple juif existera aussi longtemps que la religion juive existera, peut-être pour des milliers d'années encore. L'existence de cet État ne présente aucune importance pour celle du peuple juif... Les juifs dans le monde peuvent très bien vivre sans lui.


Cet avertissement force de nombreux juifs à faire face à la contradiction entre la religion juive à laquelle ils prétendent d’adhérer et l’idéologie sioniste dont ils sont imprégnés. La campagne menée contre l’Iran aiguise les divisions morales et politiques parmi les juifs, qui sont de plus en plus nombreux à la dénoncer. Ainsi, le journal juif socialiste The Forward (New York) affirme que l’Iran ne se compare en rien avec l’Allemagne nazie, mais que la rhétorique anti-iranienne fait écho à la campagne de propagande contre l’Irak qui a contribué au déclenchement d’une guerre meurtrière et désastreuse. L’ancien chef du Mossad Efraïm Halévy et l’expert en affaires militaires à l’Université hébraïque de Jérusalem Martin van Creveld s’entendent pour dire que l’Iran ne représente pas véritablement une menace pour la sécurité d’Isra-l.



L’éloge de la précision




Les deux allégations empreintes d’émotion lancées contre le président iranien ont occupé une place importante dans les médias occidentaux. Par exemple, une rumeur lancée par le National Post de Toronto, au printemps 2006, selon laquelle le gouvernement iranien aurait fait passer une loi obligeant les juifs à porter un insigne de couleur jaune, a contribué à présenter M. Ahmadinejad comme un nouveau Hitler. Même si le journal s’est rétracté le lendemain, c’est la première nouvelle, source d’effroi si elle avait été vraie, qui reste dans la mémoire, plutôt que le rectificatif du journal, dont les propriétaires sont actifs au sein du lobby sioniste. Ce type de désinformation contribue à préparer l’opinion publique à un assaut militaire – effectué par les États-Unis ou par Isra-l – contre l’Iran. Une fois de plus, c’est le spectre d’une nouvelle Shoah qu’on invoque, même si Israël possède des centaines d’armes nucléaires, alors que l’Iran, contrairement à Isra-l, a signé le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), et que ses dirigeants ont déclaré ne pas avoir l’intention de se doter de l’arme nucléaire. Les services de renseignements américains sont arrivés à la conclusion que l’Iran ne vise pas à fabriquer des explosifs nucléaires. Or, les cercles pro-israéliens aux États-Unis insistent sur le durcissement des sanctions et ils poussent à appliquer d’autres pressions sur l’Iran, ce qui rappelle le prologue de la guerre contre l’Irak. Cet activisme, que déplorent beaucoup de juifs en Isra-l et ailleurs, contribue à la perception populaire selon laquelle l’État d’Isra-l constitue pour la paix mondiale un danger plus grave que l’Iran.


Afin de maintenir la ferveur de la campagne contre l’Iran, il est essentiel de présenter le président iranien comme un négationniste acharné à rayer de la carte Isra-l par un acte de génocide. Certes, on peut dire que, comme tout politicien, M. Ahmadinejad n’a rien d’angélique, mais ses propos ont été déformés d’une manière particulièrement dangereuse. On en a fait un dictateur extrémiste aux pouvoirs illimités, susceptible d’agir de façon irrationnelle, un chef d’État « génocidaire ». Ce qui signifie qu’on doit l’arrêter à tout prix. Les ténors de la droite israélienne, comme Benjamin Netanyahu, appellent ouvertement à attaquer l’Iran et de nombreux politiciens américains leur font écho, même si les États-Unis ne sont pas menacés par une attaque iranienne. À l’instar des militants sionistes, le président Bush invoque le spectre de l’« holocauste nucléaire » que préparerait, selon lui, son homologue iranien. Malgré les avis contraires provenant des services de renseignements américains et de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), aux États-Unis les instances officielles continuent de parler du « programme iranien d’armes nucléaires ».


Les accusations contre l’Iran reflètent la confusion sciemment entretenue entre l’État d’Isra-l et les juifs et cette confusion semble influer sur la politique étrangère des États-Unis. Dans ce dossier, on constate que la droite israélienne et ses alliés ailleurs dans le monde n’hésitent pas à manipuler la mémoire de la Shoah pour atteindre leurs objectifs politiques.



Les intellectuels aiment bien la précision, mais les politiciens en ont eux aussi grand besoin. Ils ne devraient pas interpréter l’opposition aux utilisations sionistes de la Shoah comme une tentative de nier cet événement, ni considérer que le souhait de voir s’effondrer l’État sioniste équivaut à une menace de massacrer des millions de juifs israéliens. Les décideurs politiques doivent éviter les réactions épidermiques et ne pas se laisser manipuler par des amalgames sans fondement. Il faut que les Occidentaux agissent prudemment et rationnellement, particulièrement lorsqu’ils ont affaire à des dirigeants qu’ils jugent irrationnels.



(1) En français, le livre s’intitule Aux origines d'Isra-l : entre nationalisme et socialisme.

(2) http://www.iran-emrooz.net/index.php?/news/more/4898

(3) http://www.iran-3.com/affiche.php?type=news&id=7910

(4) http://www.juancole.com/2006/05/bill-scher-importance-of-cole-v.html


Traduit de l’anglais par Laure Alteirac ; révision de Louise Garneau et Yakov Rabkin ; traduction du farsi par Shahram Nahidi ; traduction de l’hébreu par Yakov Rabkin.

Par A r a G o r N - Publié dans : L'Iran sous pression
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Jeudi 7 août 2008

Par A r a G o r N - Publié dans : Antisémitose
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Mercredi 6 août 2008

Article publié sur Agoravox ici et repris par Yahoo Actualité ici


Nous vivons dans un monde ou à chaque fois que l'on croit percevoir le froissement d'une touffe d'herbes on crie immédiatement « halte au loup ! ». Pire encore, on sort la grosse artillerie et on commence à tirer comme un cinglé partout et nulle part. Là où il faut et de plus en plus souvent là où il ne faut pas. Après quoi l'effet « boule de neige » se charge du reste. En voyant notre petit cinglé mitrailler tous les coins de toutes ses forces, d'autres cinglés vont affluer de partout, chacun avec sa grosse artillerie à lui. Car, pour rien au monde, il ne faut rater le plaisir d'être porté sur les épaules après avoir abattu le méchant loup qui tentait de faire bobo aux sages chèvres de M. Seguin. Et nous voilà dans un scénario digne de dessins animés, où les chasseurs s'étouffent à s'arracher le titre de héros alors que l'existence du méchant loup n'est même pas prouvée. Mais, franchement, ça servirait à quoi de prouver l'existence de la méchante bête tant que tout le monde s'amuse et passe du bon temps ?! On l'a bien compris : la comédie durera d'autant plus longtemps et attirera d'autant plus d'attention et de fous rires que la méchante bête n'existe pas.


Désormais, à chaque fois que certains cliniciens spécialisés dans les syndromes antisémites non identifiables vont accomplir l'héroïque tache de diagnostiquer à première vue et sans examen approfondi un malin cas d'antisémitisme, il vaut mieux accourir voir s'il n'y a pas là une manifestation d'antisémitose. Je veux dire par là cette attitude pathologique caractéristique d'un type de discours bien connu, et auquel on commence d'ailleurs à s'habituer, qui consiste à concevoir le Juif comme étant une pièce de collection mémorielle qu'il faut manier avec la plus grande prudence du monde pour ne pas l'abîmer. C'est ce même type de psychose que ladite « affaire Siné » vient mettre en évidence, et on sait, le futur en témoignera, qu'elle ne sera pas la dernière du genre.


Dans le numéro du 25 juillet de Libération, M. Joffrin, célèbre jongleur des mots spécialisé dans la rhétorique alambiquée à type de « monarchie élective », nous a donné un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler une antisémitose en stade « terminal » : un raisonnement tiré par les cheveux, une obstination à torturer les mots jusqu'à ce qu'ils avouent le sens qu'il veut leur arracher, et pour couronner le tout, un air d'humour froid mélangé à des raccourcis expéditifs à travers lesquels il nous livre son impitoyable verdict d'antisémitisme. Et pour mieux mener leur procès d'intention monté de toutes pièces, Joffrin & co sont allés fouiner dans le passé du gars pour faire sortir tout ce qui servirait à alourdir la charge initiale d'antisémitisme par de la préméditation. Morale de la fable : il ne faut jamais associer dans la même phrase les mots « juif », « argent » et « pouvoir », de peur de réveiller le diabolique Hitler qui dort paisiblement au fond de sa tombe.


C'est précisément le genre d'attitudes mille fois plus dangereuses et dévastatrices que tout discours explicite et flagrant de haine car non seulement elles le renforcent par rétrocontrôle positif, mais elles lui procurent à travers leurs hystériques incohérences et leur délirante susceptibilité une source intarissable où il puise toute sa légitimité.


En effet, ces mêmes politiques et intellectuels de salon, que l'on voit partir à la chasse des antisémites là où il n'y en a pas la moindre trace ne font, à travers leur ridicule acharnement plein de maladresses nauséabondes, que confirmer le cliché du « juif possédant tous les pouvoirs » qu'ils disent combattre. En criant aux antisémites à tort et au travers, ils s'inscrivent dans cette même logique du « cliché » qui dit que le « juif » a tellement de pouvoir que ses petits serviteurs accourent à lui faire preuve d'allégeance et de dévouement même quand la situation ne l'exige pas, et ce pour garantir la pérennité de sa bénédiction sans laquelle il leur aurait été impossible d'occuper le poste influent qu'ils occupent. Mode cliché OFF.


Ce que nous dit l'observation objective


Rappelons le passage incriminé de la chronique de Siné : « [Jean Sarkozy] vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie ce petit ! ». Pour les amateurs de la sémiotique du langage, une petite analyse s'impose.


Le passage peut être découpé en deux grandes partie


1- [Jean Sarkozy] vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive et héritière des fondateurs de Darty.


2- Il fera du chemin dans la vie ce petit !


I- La première partie est à son tour divisible en trois sous unités élémentaires, à savoir :


   1- [Jean Sarkozy] vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme (Pourquoi ?)


   2- avant d'épouser sa fiancée, juive (Qui ?)

   
   3- et héritière des fondateurs de Darty.

La première sous unité est [Jean Sarkozy] vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme et elle constitue le squelette principal de l'information. Si l'auteur s'était arrêté à ce niveau, la valeur de l'information se trouverait altérée, car le lecteur ne va pas comprendre le pourquoi de l'événement, c'est-à-dire pourquoi le fils Sarkozy veut se convertir au judaïsme. Du coup, l'auteur est obligé d'expliquer que c'est à cause du mariage du concerné avec une fille juive, ce qui est le sujet de la deuxième partie de la phrase. L'événement « conversion au judaïsme de Jean Sarkozy » appelle donc systématiquement l'explication « mariage avec sa fiancée juive », explication sans laquelle l'événement principal aurait été incompréhensible au lecteur. Avançons encore un peu : le fait de dire que Jean Sarkozy va se marier avec une fille X, n'éveille-il pas tout naturellement la curiosité du lecteur pour connaître l'identité de la future mariée du fils du président ? C'est tout à fait normal alors que le journaliste qui véhicule cette information lève cette ambiguïté en identifiant la personne de la fiancée, jusque-là inconnue, à quelque chose hypothétiquement connue, c'est-à-dire « Darty ».


Récapitulons : le (1) sollicite un « pourquoi ? » expliqué par le (2), qui à son tour sollicite un « qui ? » expliqué par le (3). Que reproche-t-on donc à l'auteur ? D'avoir fait son travail de journaliste ?



II- La deuxième partie du passage mis en cause est « Il fera du chemin dans la vie ce petit ! ». Or, en observateur objectif, on ne peut considérer que cette deuxième partie est exclusivement, uniquement et inséparablement liée à la première.


Le passage mis en cause n'est pas en réalité la totalité de la chronique, mais il en est juste un extrait. Le texte d'origine est : « Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le parquet (encore lui !) a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est Arabe ! Ce n'est pas tout : [Jean Sarkozy] vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie ce petit ! ».


La phrase « Il fera du chemin dans la vie ce petit ! » vient donc ajouter un effet conclusif à tout le texte après avoir énuméré les derniers « exploits » du « petit », devenu conseiller général UMP, sorti indemne de son procès en correctionnelle pour délit de fuite, et futur marié d'une bourgeoise. Mais pour les spécialistes de la contrefaçon linguistique et du piratage de sens, c'est tout à fait logique qu'ils essaient d'expliquer le « Il fera du chemin dans la vie ce petit ! » par rapport au « [Jean Sarkozy] vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme, etc. », vu que leur raisonnement qui tire par ses cheveux l'accusation d'antisémitisme est exclusivement basé sur l'interprétation de ces deux phrases considérées hors de leur contexte d'origine et non comme en faisant partie intégrale.


L'analyse délirante de ces victimes d'antisémitose ne peut donc avoir lieu que si elle déracine cet extrait du texte où il a pris naissance et le sépare de la suite logique de la construction initiale. Car les deux phrases ne peuvent fonctionner en générateur du sens d'antisémitisme que si elles sont mises à l'écart. Car il est plus facile de violer le sens des mots une fois isolés du texte auquel ils sont initialement solidaires. Aussi facile qu'est pour un bandit le viol d'une fille égarée de sa bande de copains et ramenée à subir seule les sévices de son agresseur, convaincu que « toutes les filles sont des putes » comme nos amis psychotiques sont convaincus que tout ce qu'ils veulent voir comme antisémite est indéniablement antisémite. Heureusement que le délire d'un déséquilibré n'amuse que sa cour...


En dehors de « l'affaire Siné » : « psychanalyse » de l'antisémitose


En sacralisant le symbole juif, on ne fait que l'assimiler à « Dieu ». Et dans une société qui se prétend aussi libre et ouverte que la nôtre, il y a forcément quelque chose qui cloche dans le fait que la figure de « Dieu », historiquement et anthropologiquement connue comme étant le symbole ultime de la puissance et du pouvoir, est constamment martelée par la dérision nitzschéenne de nos contemporains alors que celle du « juif » s'impose comme tabou intouchable transcendant par son indemnité historico-génocidaire tout humour et toute caricature. On a dit que le symbole du « juif » est assimilé à celui de « Dieu » et on s'est apparemment trompé : le symbole du « juif » est assimilé à quelque chose de plus supérieur et de plus divin que Dieu lui-même, vu qu'il est plus tolérable et beaucoup moins - voire nullement - condamnable de porter en dérision l'idée de « Dieu ». Sérieusement, où va-t-on ?


Les vrais antisémites sont ceux qui font du « juif » un tabou aussi gigantesque que le tabou du « sexe » ou de « Dieu » à l'époque du règne de l'Eglise. Et dire que ces mêmes personnes qui se prononcent en garants de la liberté et de la démocratie contre l'obscurantisme moyenâgeux... Nous assistons désormais à une vente aux enchères par médias interposés dans laquelle politiques et intellectuels de la basse-cour se bousculent comme dans une compétition ou celui qui divinise et victimise le plus la figure du « juif » gagne je ne sais quel week-end gratuit pour deux personnes dans un hôtel à deux balles. On oublie, ou peut-être bien qu'on néglige, que toute sacralisation appelle une désacralisation réciproque. Ceci relève de la nature même de l'homme qui part à la chasse du divin et du tabou parce que c'est cette chasse même qui donne un sens à sa liberté. Et tant que l'on incriminera à outrance toute innocente désacralisation de la victimisation à la fois abusive et divinatoire du « juif », victimisation que même des intellectuels juifs de renommée dénoncent, tant que la liberté de chasser ce type de tabou qui paralyse la vie intellectuelle continuera à s'exprimer par la violence, la haine et l'extrémisme. Que l'on ne marche pas alors le lendemain dans les funérailles de celui qu'on a tué la veille.


Lors de la couverture de BFM TV de la visite de François Fillon aux Etats-Unis et plus précisément de son discours devant l'AJC (American Jewish Comittee), je me souviens (hélas je ne peux documenter ce souvenir, dont je prends par ailleurs toute la responsabilité) que la journaliste qui a réalisé le reportage a dit que Fillon a fait un discours devant le « très influent » Comité Juif américain. Et à ma connaissance, jusqu'à aujourd'hui, il n'y a eu aucun procès politico-médiatique de la qualification de « très influent » attribuée par ladite journaliste à l'AJC, bien qu'elle associait dans la même phrase "argent", "juif" et "pouvoir". Où étaient Joffrin et Askolovitch à l'époque ? Seraient-ils tellement débordés par les "antisémites" qu'ils n'arrivent pas à les chasser tous ?


Dans la communauté juive, comme dans toute autre communauté, il y a du bon et il y a du mauvais, des gens qui oeuvrent pour le progrès de l'humanité, et d'autres qui oeuvrent pour leurs propres intérêts, en dépit de l'intérêt général. Si le fait de dire que le juif est par nature un diable est incontestablement du racisme, le fait de dire que le juif est par nature un ange est aussi un racisme d'une autre sorte, car, au contraire du premier, ce dernier place par « discrimination positive » la communauté des juifs au-dessus de tous les hommes en lui attribuant un caractère de perfection qu'aucun non-juif ne peut égaler.


Le fait que le bon et le mauvais coexistent partout est une évidence. Et l'antisémitisme est la maladive tendance de certains à diaboliser toute la communauté juive parce que certains de ceux qui s'en revendiquent ont une attitude jugée immonde, faisant ainsi assumer au tout la responsabilité du « péché » de quelques-uns. Et à mon modeste avis, la chronique de Siné, telle que peut le démontrer une analyse objective, est loin de s'inscrire dans cette tendance. Tout d'abord parce qu'elle a un caractère informatif, où tout ce qui est en relation avec le "judaïsme" est véhiculé en tant qu'information, et ensuite parce qu'il n'y a aucune prise de position de quelque nature que ce soit vis-à-vis de la dimension "juive" de la nouvelle du mariage. Même le "Il fera du chemin dans la vie ce petit !" est venu en guise d'ironisation envers la succession d'"exploits" qui viennent de faire du "petit" un "grand", et dont le dernier est non pas le fait de se marier à une juive, mais le fait de se marier tout court.


La manière de voir le monde en carreaux de noir et blanc, où tout ne peut être que totalement « bon » ou totalement « mauvais », est typiquement caractéristique du traitement expéditif et précipité de l'information qui ne peut engendrer que des hommes aux poumons incapables de respirer un air terrestre fait de toutes les odeurs. Car refusant de voir les contrastes situés entre les deux extrémités, ces personnes paramètrent leur conscience selon un mode de fonctionnement binaire dans lequel tout ce qui ne ressemble pas au noir ne peut être que du blanc et vice versa.


Devant un discours traitant - dans notre cas - d'une question en relation avec le sujet « juif », ce type de raisonnement entraîne son forgeur à concevoir comme « antisémite » toute référence qui n'est pas « pro-sémite ». Si ce n'est l'un, c'est que c'est forcément l'autre. Voyons voir à quel type d'élites on est en train de confier la gestion de la vie publique si ce n'est une poignée de personnes qui fonctionnent encore selon le vieux et archaïque principe booléen qui fait fonctionner la matrice d'un programme machinal. Un raisonnement digne de la « vache qui rit » et non d'hommes qui méritent leur titre d'humanité.


Avec un CV pareil, ces « élites » ont mérité un pass gratuit pour l'asile des damnés de la connerie humaine. Et peu importe si cet asile prend momentanément ou durablement le nom de « direction de Charlie Hebdo » ou autres, nous savons tous que les mots ne font pas les choses, et que le mot « chien » ne mord pas.

Par L'Oracle - Publié dans : Antisémitose
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Mercredi 16 juillet 2008

Article publié sur Agoravox ici


Les « templiers de la démocratie » n’ont pas épargné leurs efforts pour crier « Au loup ! » afin de dénoncer la présence de Bachar El Assad au défilé du 14 juillet. D’un autre côté, la présence du dictateur égyptien n’a suscité la moindre réaction de la part des partis de « l’opposition » ou des ONG qui se sont prises à la venue « inacceptable » du président syrien.


En d’autres termes : il semblerait que selon leur obéissance à certains « critères », il y a des dictateurs qui sont les bienvenues au 14 juillet, et d’autres qui ne le sont pas. Ayons alors le courage d’avouer ce que les gardiens du sanctuaire des droits de l’homme ont une grande difficulté à dire : oui, les dictateurs sont les bienvenues en France, mais sous « certaines conditions »… Le problème n’est pas donc celui de la dictature, mais il est tout à fait autre. Les mêmes « droits-de-l’hommistes », qui gueulent contre la présence d’El Assad au 14 juillet, n’osent sortir le moindre mot pour condamner la présence de son homologue israélien, dirigeant lui aussi d’un pays dont les services secrets sont « soupçonnés » d’avoir les mains salis par du sang français. Voir la vidéo ici.

 

Alors, chers « droits-de-l’hommistes », est-ce que le sang français n’a plus de valeur quand il se fait verser par le Mossad ?


 

La longue mémoire de ceux qui se souviennent encore des attentats de Drakkar, dans lesquels on soupçonne la Syrie, semble brusquement se rétracter quand il s’agit des attentats perpétrés, au contraire des premiers, en plein sol français, par le Mossad. Finalement, dans la bourse des « droits de l’Homme », il semble que le « sang français » perde en valeur quand il est versé au nom de la « sécurité d’Israël ». Des paradoxes tellement évidents que nos chers médias « pluralistes » et « libres » ont beaucoup de mal à relayer…

 

La vérité est qu’on ne peut s’ériger en donneur de leçons en matière des droits de l’homme quand on ne donne pas soi-même l’exemple en la matière. Et, de ce point de vue, la France, comme beaucoup d’autres pays qui s’auto-indexent comme « démocratiques », est loin d’être l’élève assidu et intègre des « droits de l’homme ». L’affaire Dasquié[1], entre autres, est à elle seule suffisante pour prouver que l’inconditionnalité morale avec laquelle on se présente souvent comme le défenseur inconditionnel des libertés n’est surtout pas de mise quand il s’agit de la divulgation de certaines vérités dites « secrets défense »… En d’autres termes, vous êtes libres de parler des retraites, du pouvoir d’achat, des problèmes du logement, de vous livrer à toute querelle partisane autour de sujets connexes, tant que vous n’offensez pas certaines « vérités facilement ébranlables, mais communément admises » (pour ne pas dire mensonges) qui font la pierre angulaire de toutes les légitimations politiques actuelles des inégalités et des injustices à l’échelle planétaire, tant sur le plan du discours que sur celui de l’action.

 

La dictature, à force d’être vue ailleurs, passe souvent inaperçue quand elle existe pour de bon à l’intérieur, si bien que les mêmes qui s’emportent contre la présence du dictateur syrien à la tribune du 14, et y compris certaines ONG "de renommée", la bouclent bizarrement quand il est question d’évoquer le sujet du fichier « Edvige » ou des mesures liberticides que beaucoup de pays « démocratiques » adoptent ou comptent adopter au nom de la guerre contre le terrorisme. En effet, les mesures concernant la surveillance d’internet que compte adopter prochainement le Parlement européen [2] [3], ne sont pas si différentes des mesures « censurocratiques » en vigueur dans beaucoup de pays arabes. Manifestement, la « terrible » dictature arabe éternellement diabolisée par les discours "officiels" occidentaux n’est pas si mal que ça quand il s’agit de la transposer à l’échelle européenne ou états-unienne au nom du « Saint et Miséricordieux » Terrorisme, nouveau Dieu que les dirigeants laïcs n’hésitent pas la moindre seconde pour lui offrir des offrandes à sa taille. Voilà que la dictature Syrienne est, dans les faits, un inspirateur de qualité de la nouvelle dictature que les « démocrates » du « monde libre » comptent imposer à leurs peuples alors que l’on continue à leur focaliser l’attention sur les dangers anti-démocratiques qui viennent de l’extérieur.

 

A la question « Quelle est à ce moment-là la position de la France ? Est-ce que c’est de dire il faut tout faire pour empêcher que des actions telles que celles-ci se mènent sur notre sol ? »[4], le ministre des Affaires étrangères à l’époque, Jean-François Poncet répond : « On ne peut pas, sur une suspicion, bâtir une politique ». Eh oui… c’était peut-être la devise des années 80 … Aujourd’hui le monde « a changé », et les suspicions qui ne pouvaient pas déterminer à l’époque l’attitude politique à adopter envers Israël, déterminent aujourd’hui l’attitude politique qu’adopte tout le bloc dit « occidental » envers la Syrie. Ils semblent que les « suspicions » sont valables comme pièces à conviction irréfutables uniquement quand il s’agit de certains Etats, mais pas quand il s’agit d’autres. Allez deviner pourquoi…

 

Et heureusement que c’est France 3 qui en parle, car si on supprimait le logo de la chaîne on aurait volontiers cru à une « manipulation antisémite » perpétrée par un « méchant pays arabe (ou perse, pour être dans l’actualité) voulant faire « du mal » à Israël » et visant à « attiser la haine contre le peuple juif ».

 

Peut-être faudrait-il faire un procès à la Charles Enderlin, non pas contre France 3, mais contre l’histoire des hommes, parce que ses évidences remettent en cause l’angélisme dûment occulté d’un Etat dont les services secrets sont juste là pour vous surprendre avec des cadeaux magnifiques la veille de Noël…

 

 

 



[1] http://www.dailymotion.com...

 

[2] http://www.freenews.fr...

 

[3] http://www.freenews.fr/nat/6130-divers-europe-un-internet-encore-libre.html

 

[4] Minute 14 :45 de la vidéo précédente

 

Par L'Oracle - Publié dans : Les droits de l'homme: moyen de pression politique
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Mardi 15 juillet 2008

Article publié sur Agoravox ici


« Lieu propice pour ce Rassemblement Universel »
[1] selon Vassilos Patkas, Grand Maître de l’Ordre Maçonnique International « Delphi », la capitale Grecque vient d’accueillir du 20 au 23 juin 2008 le Deuxième Rassemblement Maçonnique International dans ce qui semble être de la part de la Franc-maçonnerie un retour aux sources, elle qui s’est toujours auto-identifiée comme « école philosophique oeuvrant pour le progrès de l’Humanité ». Elles seraient plus de 170 Obédiences Libérales et Adogmatiques, représentant 57 pays de tous les continents, à avoir participé à ce congrès, une nette évolution par rapport au Premier Rassemblement International de Strasbourg[2] qui s’est déroulé l’année dernière et avait rassemblé seulement 80 Obédiences. Deux rassemblements internationaux en deux années consécutives et un même slogan « Construire l’Europe, Construire le Monde », on aurait cru que la Franc-maçonnerie volait au secours d’une Europe meurtrie par le non irlandais au Traité de Lisbonne.

Ce qui est remarquable dans ces deux rassemblements, c’est que la Franc-maçonnerie semble avoir compris -trois siècles après la fondation de sa première loge dite « spéculative » en Angleterre- qu’elle devait s’investir plus dans la communication et s’offrir un peu d’ouverture médiatique, quitte à sacrifier son principe orgueilleux de « discrétion », euphémisme par lequel elle a toujours essayé d’atténuer son caractère secret qui demeure une intrigue Hitchcockienne nourrissant plus qu’une polémique et étouffant par ailleurs plus qu’une vérité. Ainsi, l’année dernière, son rassemblement de Strasbourg avait été assez couvert par la presse, les radios, et France 3. Et cette année, ce fut au tour de la chaîne qatarie Aljazeera de se frayer un chemin à travers le petit « trou » percé au millimètre prés dans la « muraille de silence » maçonnique, selon les termes de son envoyé spécial à Athènes, Chadi Al Ayoubi
[3].

 

« Ils sont venus ils sont tous là, dés qu’ils ont entendu ce cri, elle va mourir, la mamma… ». Oui, la mamma européenne peine un peu à retenir les cris de l’accouchement en forceps qu’elle devrait endurer après le non irlandais. Mais ne vous inquiétez pas, elle ne mourra pas, ou du moins pas pour le moment, parce qu’on en a encore besoin pour « construire le Monde ». L’Europe serait elle alors le laboratoire ou l’on va tester la future construction universelle d’une humanité rassemblée sous l’égide d’un seul Etat Mondial dans ce qui va apparaître pour les historiens du futur comme étant : « l’aboutissement logique de la dynamique de mondialisation et de révolutions éclatées un peu partout dans le monde vers les fins du 21ème siècle, au nom de philosophies universalistes et mondialistes qui ont fait comprendre à l’humanité que seul son union sous un seul pouvoir politique planétaire va lui permettre de continuer, tout en se soudant dans une seule communauté mondiale, à cultiver la différence de ses cultures et de ses pensées (ou plutôt de ce qui en restera) et à vivre en toute sécurité, à l’abri du terrorisme (bien sur), dans un monde désormais devenu (comme aléatoirement) sans frontières, et rendu plus susceptible à dépasser les malentendus qui ont longtemps nourri les conflits et les guerres pour s’unir dans un seul Etat » ? Un sublime scénario dont la prévisibilité le rend tellement probable, parce que tellement en continuité « logique » apparente avec l’actualité, qu’il ne cesserait d’être à la fois de plus en plus beau pour certains, et de plus en plus suspect pour d’autres.


Serait ce l’aboutissement futur concret de ce « nouveau mode de gouvernance mondiale » convoité par Jacques Chirac dans le discours de lancement de sa fondation ?
[4] Ou le « vivre ensemble » qu’avait défendu lors de ce rassemblement l’académicien et franc-maçon anglais Eddy Caekelberghs en appelant à défendre ce qu’il appelle les « valeurs universelles communes » ? Ou la « société civile sans frontière » que l’on construit en « généralisant l’apprentissage des valeurs démocratiques » et défendue, lors de cette même occasion, par M. Marilyn, académicienne française ? Ou encore « le mondialisme social » renforcé par le « mondialisme de l’éducation et de l’enseignement », seul « capable de vaincre les différences entre les membres de la société », et défendu par, D. Patrick, diplomate français ? On n’en sait rien pour l’instant. Tout ce que l’on peut comprendre en faisant abstraction des phraséologies et des idées de « Néo-lumières », c’est que les francs-maçons du monde entiers, et non seulement les européens, sont intéressés par la participation à la construction Européenne. On dirait une sorte de privilège selon lequel un citoyen non européen peut s’investir dans la construction européenne du moment qu’il est franc-maçon… De toute façon force est de constater que cette année a été un peu particulière au plan européen pour la franc-maçonnerie car elle a été, pour la première fois, officiellement valorisée à un haut niveau européen. En effet, une délégation composée de la Fédération française du Droit Humain, de la Grande Loge Féminine de France, du Grand Orient du Portugal et du Grand Orient de France a pu rencontrer le Président de la Commission Européenne, José-Manuel Barroso, le 8 avril dernier. [5] Une rencontre qualifiée dans un communiqué de presse de la Fédération Française du Droit Humain comme étant « un événement majeur quant à la place de la Maçonnerie dans la construction de l’Europe ».


Mettant de coté le compas et l’équerre, outils du Grand Architecte de l’Univers (appelé Grand Architecte de la Matrice dans la fameuse trilogie de Matrix), les francs-maçons de ce dernier rassemblement ont délaissé pendant quelque temps leurs rituels grottesques (adjectif issu de « grotte » et non un « t » dédoublé de « grotesque ») pour apparaître, pendant les quelques réunions rendues publiques et accessibles aux journalistes lors de cette occasion, comme dans une sorte de séminaire ou des orateurs assis à une grande table s’adressent à un public attentif comme dans une conférence de l’une des commissions des Nations Unis. Pendant ces « séances de travail » publiques, il a été question de traiter des sujets classiques d’actualité comme les problèmes climatiques, l’immigration, la lutte contre la pauvreté, l’importance de la laïcité dans les programmes scolaires comme « seul moyen de lutte contre les discriminations religieuses »… des thèmes par lesquels on est martelé tous les jours. On se demanderait même sur la transparence qu’ils disent apporter, en reprenant les mêmes discours de langue de bois qui nous entourent de partout, dans leurs réunions publiques ? Bien entendu, à l’occasion de ce rassemblement, on n’a quand même pas rompu avec la sainte tradition du « secret », c’est pourquoi il y avait aussi eu des « séances de travail » à huis clos qui ont tout naturellement réanimé les bonnes vieilles questions habituelles, comme « s’il s’agit en franc-maçonnerie de débats libres, enrichissants et constructifs, pourquoi les gens (en faveur desquels elle prétend penser et planifier d’agir) n’ont il pas le droit d’assister à ces échanges d’idées tellement bénéfiques pour l’humanité ? ». "Secret de fabrication" peut etre, pour reprendre les termes du candidat Sarkozy interrogé, à la sortie du débat avec Ségolène Royal, sur la manière de laquelle il avait préparé "ce grand rendez vous"...


Notons dernièrement que José-Manuel Barroso, qui était présent lors de ces "journées euro-mondio-maçonniques", a « salué » en tous ceux qui ont répondu présent à ce grand appel de rassemblement international, la servitude qu’ils ont exprimée à l’égard des « valeurs européennes ». Un « salut » qui passa inaperçu, sans susciter de commentaires… On croirait volontiers que Barroso n’a pas bien compris que la morale à travers ce rassemblement est que la construction de l’Europe est un moyen pour construire le « Monde » et non une fin en soi.


L’intelligence maçonnique a évolué, et de nos jours elle essai de se montrer capable de capter et d’incorporer dans sa mouvance les idées révolutionnaires qui naissent en dehors de son système clos, comme l’idée de « citoyenneté active » qu’elle est vraisemblablement en train de s’approprier et d’intégrer dans sa vision stratégique des choses, consciente que les idées révolutionnaires sont plus rentables quand elles sont confiées à des élites qui les imprègnent de leur supériorité sociale et intellectuelle pour leur donner l’aspect d’une autorité morale suprême et le prodige d’amener les peuples à s’investir passionnellement dans des révolutions dont ils se croient être les propres créateurs, et ensuite les uniques propriétaires. Cependant, ce gradient de concentration élitiste selon lequel circulent les idées dans une société est en train de devenir de plus en plus fragile, car de partout naissent de simples citoyens qui osent non seulement transgresser cette fameuse tradition à s’identifier à la pensée des élites, unique dans son pluralisme le plus trompeur, puis de la revendiquer en toute force et ferveur comme si elle était originellement la leur, mais osent aussi faire propager la contagion d’une rage de penser un monde ou l’autorité élitiste sur l’esprit des gens serait moins abusive de leur bonne foi, plus humaine et plus libératrice, dans le sens anéconomique et apolitique du terme. En d’autres termes fonder un monde dans lequel « Le véritable progrès démocratique n’est pas d’abaisser l’élite au niveau de la foule, mais d’élever la foule vers l’élite », comme le disait Gustave Le Bon. On peut être humaniste, philanthrope, laïque, adogmatique, sans pour autant être nécessairement franc-maçon. Loin de là, les vrais débats philosophiques ne sont pas ceux qui se font entre élites « clairvoyantes » dans des tours d’ivoires, réfléchissant sur les discours les plus socialement acceptables pour faire imposer les changements qu’ils comptent opérer sur le monde. C’est plutôt ceux qui se font entre les élites et leurs simples concitoyens. Car là, se manifeste vraiment la force d’aller à l’encontre des préjugés paralysant l’évolution d’une société. Un préjugé se côtoie dans la rue. On l’appréhende alors qu’il continue, tout en implosant sur lui-même comme une étoile mourante, à s’agiter dans l’esprit qui le porte, et non comme étant un échantillon socioculturel formolé destiné à être l’objet d’analyses élito-élitistes dans des laboratoires maçonniques suspendus entre le temps et l’espace, entre ceux qui ont du pouvoir et en abusent, ceux qui ont du pouvoir sans être capable d’en abuser, et ceux qui n’ont aucun pouvoir même pas sur eux-mêmes.


Car comme l’avait dit Kennedy, dix jours seulement avant son assassinant, « Le mot « secret » est en lui-même répugnant dans une société dite libre et ouverte. Et en tant que peuple, par nature et historiquement, nous nous opposons aux sociétés secrètes, aux serments secrets et aux procédures secrètes »
   [6] .

 


JFK - 10 jours avant son assassinat-Discours traduit


Ces paroles de Kennedy ont toute légitimité à traverser les années et atterrir dans notre époque actuelle, ou la mondialisation semble avoir poussé cette ouverture jusqu’à son paroxysme. La franc-maçonnerie peut être vue comme étant en fondamentale contradiction avec elle-même. Ce qu’elle dit, l’ouverture qu’elle prône, ainsi que l’abolissement de frontières qu’elle préconise, est d’une contradiction flagrante, absurde et voire scandaleuse, avec ce qu’elle est et ce qu’elle a l’intention de rester, c’est-à-dire fermée, continuant à élever autour d’elle des frontières de secret, d’une part en ce qui concerne le contenu de ses réunions internes, et d’autre part en ce qui concerne l’opacité qui s’interpose entre ses propres grands niveaux hiérarchiques, de telle façon que les gradés d’un niveau hiérarchique donné soient –intégralement ou partiellement- isolés de leurs « supérieurs » appartenant à des niveaux encore plus importants. Et tant que cette contradiction, que les artistes du langage peinent à dessiner comme étant « le mystère qui fait l’attractivité de l’art », sera préservée et même protégée, tant que toutes ces « opérations de com’ » ne réussiront jamais à rendre son discours et même sa raison d’être crédibles ni dignes de confiances, et ce même si son « humanisme » demeurera toujours le parc d’attraction préféré des élites en quête d’oratoires et de mystères qui leur élèvent l’ego à un rang plus supérieur que celui de la petite populace, là ou ils peuvent tout voir, sans jamais risquer d’être vus… Ou plutôt c’est ce qu’ils aiment croire.
Ah qu’il est merveilleux le désert égyptien vu depuis le sommet du Kheops !

 

Par L'Oracle - Publié dans : Franc-maçonnerie
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Lundi 7 juillet 2008

Article publié sur Agoravox ici


Nous sommes le jeudi 20 juin 2008, il est 20 heures piles et, sur France 2, David Pujadas annonce les titres du JT du soir :

 « Dans l'actualité ce soir :

1- [Premier bilan] Un tournevis sur l'immigration : Brice Hortefeux présentait son bilan aujourd'hui, en un an le nombre de reconduites à la frontière a augmenté de 31 % ;

2- [Fermetures annoncées] Altadis - ex-Seita - va fermer deux usines de tabac sur huit celle de Metz et la fabrique de cigares de Strasbourg vieille de deux siècles, inquiétude des salariés, plus de 1 000 emplois sont supprimés ;

3- [Interdit aux hommes] Deux affaires relancent le débat sur la mixité et le communautarisme, dans l'Isère un créneau horaire est réservé aux femmes à la piscine, près de Paris un tournoi de basket finalement annulé était interdit aux hommes ;

4- [Un nazi démasqué] A l'étranger un ancien nazi croate piégé par l'Euro 2008, il a été filmé et reconnu au milieu des supporters, Zagreb réclame son extradition ;

5- [Particules mortelles] Une première grande étude sanitaire sur l'impact de la pollution de l'air dans neuf grandes villes de France, cette étude établit un lien entre la présence de particules nocives et le nombre de décès ;

6- [L'année des méduses] Enfin, une page Environnement, avec l'invasion des méduses, le phénomène s'amplifie dans toutes les mers du monde, éléments d'explication à la fin de ce journal. »


Ainsi commence donc le JT du jour ou les dirigeants européens se sont réunis à Bruxelles pour essayer de digérer ensemble la claque irlandaise à leur bien-aimé Traité de Lisbonne : une rapide exposition récapitulative des informations que la rédaction du journal avait triées parmi des centaines d'autres et choisies pour mettre à la une, dans un ordre bien précis et des formulations soigneusement travaillées, évidemment selon des critères qu'un consommateur ordinaire d'information n'est pas supposé connaître. Naturellement. Aux dernières nouvelles, on n'enseigne pas encore les stratégies de communication au grand public. Pourtant, disséquer le contenu d'un JT n'est pas une tâche herculéenne, bien qu'elle reste à première vue « étrange », voire absurde. Car, face à un média de masse quelconque, l'attitude habituelle est celle d'analyser les informations qu'il présente, et non la manière par laquelle elles se font présenter. On se concentre sur le fond, au point d'en oublier la forme, que nous concevons comme évidente, ou c'est plutôt ainsi qu'on a toujours aimé la concevoir. C'est justement parce qu'elle a été longtemps mise aux oubliettes que cette forme paraît plus que jamais mystérieuse, quoique certains pourraient pressentir dans la remise en question de ce qu'ils ont depuis longtemps indexé dans la colonne de l'évidence l'expression d'un ridicule désir fantasmatique à voir du mystère là où il n'y en a pas. Ou plutôt, là où on préfère de toutes nos forces qu'il n'y en ait pas...


Nous sommes alors à un jour où le rêve européen prend les allures d'un interminable cauchemar de ratifications que l'on souhaite à tout prix être taillées sur la mesure des politiques gladiateurs de l'arène européenne, qui n'attendent que des « Oui Oui à vos ordres ! » de la part de leurs peuples, habitants d'un continent qui occupe dans le monde une place plus grande que celle qu'il occupe dans les têtes de ses citoyens. C'est normal, aujourd'hui l'Europe, comme beaucoup d'autres exploits architecturaux contemporains, se bâtit à l'envers : on l'impose dans le monde, et puis on verra pour les Européens, de toute façon ils finiront tôt ou tard par accepter ce que leurs dirigeants ont décidé qu'il soit « bon » pour eux. Dans un jour aussi terrible pour le Traité de Lisbonne, la réunion de Bruxelles n'est apparemment pas une information qui mérite de figurer à la une des titres du JT. En tout cas, c'est ce qu'a décidé la rédaction. Une omission qui ne semble pas dénudée de « bon sens », puisqu'il ne serait pas « gentil » de désenchanter davantage une opinion publique exaspérée par Bruxelles en continuant à la marteler dès le résumé des titres par les informations en rapport avec les mésaventures de l'« European Dream ». Le lexique qu'on avait choisi de mettre en avant étant : immigration, fermeture, inquiétude, mixité, communautarisme, nazi, mortelles, nocives, décès, invasion. Un vrai cocktail Molotov de péjoration présentant des informations visiblement différentes, mais qui demeurent homogènes, cohérentes et développant des sujets en rapport direct ou indirect avec la construction européenne : l'immigration, les crises sociales, le communautarisme, le nazisme, les crises de l'environnement. Loin de là, si on visionne bien l'exposé des six titres, on verra aussi que toutes les informations mises en avant s'articulent autour d'un dualisme capital : celui de l'intrus/exclus. En effet, le flash des titres, bien qu'étalé sur six points majeurs, présente en réalité un seul squelette communicationnel : « L'exclusion de ce qui est intrus ». La notion d'intrus est indéniablement constante dans toutes les informations, mais à chaque fois l'intrus, ainsi que la description de son exclusion, changent de forme. Démonstration :

 

Intrusion

Exclusion

Nuage lexical amplificateur et/ou densifiant

Immigrés clandestins

Reconduites aux frontières

Tourne vice

Augmenté de 31%

Salariés qui ne sont plus les bienvenues chez leurs patrons

Fermeture d'usines/Suppression d'emplois

Inquiétude

Veille de deux siècles

Plus de mille emplois

Evènement/service interdit aux hommes, réservé aux femmes d'une communauté pour le moment indéterminée

Annulation

Communautarisme

Ancien Nazi

Extradition

Démasqué

Filmé

Reconnu

Particules mortelles/nocives

Pollution de l'air

implicite : si on parle de quelque chose de mortel c'est qu'on doit la combattre

Première grande étude

Neuf grandes villes

Lien avec nombre de décès

Invasion par des méduses

Imagée : méduse extraite par un sceau, traitement médical

Phénomène s'amplifie

Toutes les mers du monde



Et voilà. Une sorte d'unité contextuelle entre toutes les informations classifiées comme « importantes » vient de se dégager par elle-même. L'essentialité du traitement de l'information du « Non irlandais » (le « Non » étant aussi un intrus dans la cour des « Oui oui ») étant à la fois évidente et lassante à souligner, c'est donc bien volontiers qu'on ne l'annoncera pas dès le commencement. L'attention du téléspectateur est ainsi sollicitée et préparée pour être plus réceptive aux infos figurant « à la première page » du JT - celles traitées dans le tableau ci-dessus - et dont l'importance lui a été suggérée par le fait qu'elles ait été choisies pour figurer dans le « menu général ». Bien sûr, le téléspectateur qui est en train de regarder le JT n'est pas en mesure d'agir activement vis-à-vis du contenu médiatique qui lui est véhiculé. Il est passif, et se contente de recevoir les informations qui iraient subir dans son cerveau le traitement tabulateur inconscient décrit en haut et basé sur le couple notionnel élémentaire d'« intrus-exclus ». D'ailleurs, heureusement que toutes ces informations étaient triées de sorte que leur digestion mentale puisse s'effectuer facilement, en mobilisant un seul critère de classification subconsciente ( !). Pur hasard dites-vous ? Le hasard c'est quand on ignore les lois de la nature, disait Newton...



Ce qui est intéressant dans les six titres, c'est que l'un d'eux, à la différence des autres, « relance » un débat particulier, faisons pour le moment abstraction de sa nature. La question qui se pose est : est-ce la seule information susceptible de « relancer » un débat quelconque ? Evidemment que non, toutes les autres informations évoquent elles aussi des « débats » spécifiques à chacune d'elles. Toutefois, on a plutôt préféré mettre l'accent sur un seul débat, celui relatif au « communautarisme », et qui selon le troisième titre évoque une polémique dont les héros principaux sont les « hommes » et les « femmes ». Innocente correspondance à connotation sexuelle avec l'affaire du mariage annulé « pour motif de non-virginité » toujours présente dans l'esprit de chacun... Il est facile alors de lire entre les lignes pour s'apercevoir dans quelle continuité logique de l'actualité s'inscrit alors ce débat « relancé ». Jusqu'à ce stade, la formulation, prudente, n'identifie pas explicitement la communauté à l'origine des « deux affaires », mais elle suggère par l'expression « relancer le débat sur le communautarisme », à quiconque qui a eu connaissance de l'affaire du mariage annulé, la possibilité que cette communauté soit la communauté musulmane. Mais pour le moment, suspense. On décale le « relancement de la polémique » au milieu du journal. Les Français étant de nature des consommateurs gourmands de polémiques, surtout celles qui touchent aux mœurs libérales (qu'on amalgame souvent avec les principes laïcs), ils sauront attendre le développement de cette information. Le moment venu, on ne tarde pas à assouvir leur gourmandise par des mots bien choisis comme « On va s'y arrêter assez longuement »...


La question qui se pose est pourquoi l'information était présentée sur un plateau d'actualité ou tous les plats crient par la même voix « attention à l'intrus ! » ? « Ce qui attire l'attention à cette occasion » - pour reprendre les termes de David Pujadas -, c'est que la veille, le mercredi 19 juin, une délégation d'académiciens égyptiens de l'université d'Al Azhar, rendait visite en France, au CAPE (Centre d'Accueil de la Presse Etrangère) là ou elle avait donné une conférence ayant pour thème « Les enjeux et les exigences du dialogue entre les religions - Les rapports entre l'islam et l'Occident ». Malgré son caractère visiblement important, la conférence n'a bénéficié d'aucun coup de projecteur médiatique de la part du JT de Pujadas, les projecteurs étant occupés par analyser au microscope les perspectives de conflits entre les musulmans et la France et non les horizons d'entente et de cohabitation pacifique. Pourquoi la rédaction du JT de France 2 avait elle choisi de reprendre uniquement l'information qui sent le « choc des civilisations » et omis d'aller voir ce qui s'est passé à la conférence du CAPE, même pas pour relativiser un peu l'air conflictuel qui se dégage de son dossier sur le "communautarisme" ?



Paradoxalement, le JT d'hier évoquait dans son grand format la manipulation de jeunes enfants par les talibans, qui leur lavent le cerveau pour les entraîner à se faire exploser dans des attentats suicides. Alors que celui d'aujourd'hui parlait des efforts qu'entreprend un rabbin pour améliorer l'entente de la communauté juive avec les autres communautés religieuses, essentiellement musulmane, tout en relatant les agressions que subissent parfois des rabbins de la part des jeunes issus des quartiers musulmans. Ainsi, en trois jours de suite, le JT de 20 heures de France 2 avait présenté l'islam sous un gigantesque prisme péjoratif : « menaces contre la laïcité et les valeurs républicaines », « usage du discours fondamentaliste pour manipuler des enfants par les talibans », et « agressions antisémites » contre un rabbin qui fait tout pour que les gens de différentes confessions s'entendent mieux, un rabbin dont "la modernité a parfois eu du mal à passer", et qui milite pour "l'ouverture envers les autres communauté de la cité". Admirons le contraste ainsi dressé, dans les JT de jeudi et samedi, entre une communauté musulmane qui "se replie sur elle-même", et une communauté juive qui "milite pour s'ouvrir aux autres".


En passant dans l'indifférence totale la visite de mercredi de toute une délégation d'académiciens spécialistes en islamologie et qui viennent, eux aussi, dans une mission d'ouverture et de dialogue, et en s'attardant deux jours après sur les efforts d'un rabbin de banlieues, dont "la modernité a souvent eu du mal à passer", dans le dialogue interreligieux, et ce tout en continuant à agiter dans le subconscient des téléspectateurs le spectre de la « menace islamiste », n'y aurait-il pas eu de la part du JT de France 2 un traitement préférentiel, volontaire ou involontaire, du sujet du dialogue entre les religions, qui privilégie l'évocation des efforts entrepris par des juifs sur les efforts entrepris par les musulmans ? Un rabbin de banlieue (sans vouloir être rabaissant) est-il plus visible que toute une délégation de théologiens d'Al Azhar, qui a d'ailleurs pendant sa visite eu l'occasion de rencontrer plusieurs dirigeants politiques et religieux français, y compris le Grand Rabbin de France ? Et face à la constatation d'un traitement médiatique disproportionné pareil, ne pourrait-on pas avoir l'impression qu'il y ait quelque part une certaine dérive médiatique de l'audiovisuel public qui constitue à présenter les musulmans comme responsables de tous les maux de la démocratie occidentale, reprenant ainsi la fameuse thèse de Samuel Huntington sur le choc des civilisations, et cultivant une sorte de sanctuarisme occidental qui se présente d'une part comme l'incarnation suprême de la perfection démocratique, et d'une autre part comme une victime sans cesse menacée par l'« invasion des méduses » de l'islam, « phénomène qui est en train de s'amplifier » dans tout l'Occident, pour ainsi reprendre la terminologie du titre relatif à la page « Environnement » ? D'ailleurs, une telle politique médiatique des « deux poids deux mesures », qui d'une part décrit les musulmans comme des démons partisans de communautarisme et les juifs comme des anges partisans d'ouverture, n'est-elle pas un facteur qui, justement, favorise davantage les replis communautaires et identitaires, les conflits interculturels et interreligieux, vu que vraisemblablement l'audiovisuel « laïc » ne traite pas de manière égale les questions relatives aux différentes religions du pays ?


Il serait peut-être excessif d'essayer de faire porter au constat des analyses plus qu'il n'en peut supporter, mais on peut facilement palper les brèches de malentendus que de telles dérives - invisibles à l'œil nu du simple observateur - des médias de masse peuvent ouvrir dans une opinion publique toujours domptée à être constamment dressée contre tout ce qui est d'origine islamique. D'ailleurs peut-être bien que l'on devrait se poser la question : à qui profitent de telles acrobaties et de tels remodelages de l'opinion publique occidentale ? Peut-être bien à ceux, qui comme M. Bush, préparent dans les coulisses politiques internationales de nouvelles « croisades » qui n'osent pas dire leur nom... Du moins, pour le moment...


Il y a là une autre polémique qui s'élève derrière la polémique, celle des critères sur lesquels sont triées les informations que l'on met dans un JT du soir. Parce qu'il ne faut pas l'oublier : en décidant de ce qui doit être appelé « actualité du jour », les médias de masse décident des sujets sur lesquels doit se focaliser l'opinion publique. Une lumière de plus braquée sur un événement est une lumière de moins braquée sur un autre. Il y a là encore une nécessité morale de trouver un équilibre entre les deux. Car continuer à mettre sous le microscope médiatique les braises des conflits et passer au second plan (volontairement ou involontairement) tout ce qui se rapporte à l'apaisement ne peut que conditionner davantage l'opinion publique à être hostile à l'égard de l'autre, et donc inconsciemment favorable à tout ce qui peut être entrepris contre lui. Cet autre « reconduit aux frontières », cet autre qui suscite « l'inquiétude », cet autre « communautariste », « musulman », « sexiste », qui essaie de « récolter des fonds pour les territoires palestiniens », cet autre qui comme « les méduses qui envahissent toutes les mers du monde » ou « les particules mortelles » polluant l'air, menace de nous envahir par ses coutumes et valeurs « nocives » et peut-être - pourquoi pas tant qu'on y est - de nous ramener à une ère ou les « nazis » régnaient sur l'Europe.

Et voilà que le lexique des titres de l'actualité se révèle parfaitement adapté à cet esprit d'accusation et de montrer à l'index, comme par hasard... Etranges concordances...

Par L'Oracle - Publié dans : Dérives des Mass Médias
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Vendredi 27 juin 2008

Note : Quand j’ai eu l’idée de créer ce blog je n’avais pas du tout en tête l’idée d’en faire un espace exclusivement réservé au traitement des sujets relatifs à la franc maçonnerie, et il ne le sera pas d’ailleurs. Il se trouve tout simplement que le jour de sa création coïncidait avec la fin du Deuxième Rassemblement Maçonnique International d’Athènes. Et comme j’ai personnellement horreur des grands rassemblements de personnes, et surtout ceux dans lesquels figurent des personnalités réputées, qui ne sont pas couverts par les mass médias, j’y ai tout simplement réservé le premier article. 


Je reviens rapidement à la notion du « secret » à laquelle les francs maçons sont allergiques par nature, d’ailleurs ils ne manquent pas une occasion de le manifester. Et j’espère, au passage, que paraître critique à l’égard de la franc maçonnerie ne m’amènerait pas à être systématiquement indexé d’ « antimaçonnique ». Le préfixe « anti » comporte effectivement en lui-même le sens de « refuser à un autrui différent le droit d’exister pour le motif qu’il est cette « quelque chose » là qu’on est justement contre », ce qui n’est pas le cas de l’auteur de ces lignes, qui n’a aucune autorité pour décider du droit de quelqu’un à exister ou non. D’une autre part, j’ai toujours considéré que quand, lors d’un débat quelconque, on se précipite à indexer quelqu’un d’être l’ « anti » de ce qu’on est, c’est toujours un symptôme de faiblesse exprimé par celui qui, à court d’argument, cherche à jeter sur son interlocuteur des accusations à connotation morale et passionnelle afin de faire sortir le débat d’un débat de raison à un conflit de passions. Peut être pour éviter de mettre à découvert les zones de faiblesse de ses arguments.  

 

Ce qu’il faut noter c’est que les francs maçons ne craignent pas la qualification de « société secrète » (qu’elle soit juste ou injuste ce n’est pas cela qui importe) autant qu’ils craignent plutôt l’impression péjorative qui en découle chez l’auditeur. Car le « secret » a toujours été associé dans le subconscient collectif des masses au « danger ». Dans une classe du collège, un élève a horreur que ses camarades discutent de quelque chose sans l’inclure dans leur cercle de discussion, et c’est un réflexe d’adaptation et de survie tout à fait naturel à l’homme que d’imaginer en premier lieu que quand ses semblables le tiennent à l’écart c’est plutôt parce qu’ils essaient de lui tenter un mauvais coup. Ceci lui permet en quelque sorte d’anticiper psychologiquement un possible danger et de s’y préparer, et ce quelles que soient les assurances qu’autrui puisse lui apporter. La nature humaine est ainsi faite, et ce n’est pas les acrobaties du langage qui vont la changer.

 

Alors en franc maçonnerie on préfère utiliser l’adjectif « discrète », qui a une sonorité psychologique beaucoup moins négative et qui –théoriquement- ne suscite pas la méfiance que pourrait susciter l’adjectif « secrète ». Le choix de la qualification à utiliser pour véhiculer au public l’image souhaitée par les francs maçons sur leur propre cuisine est loin d’être motivé par un souci innocent de véracité. La correspondance entre « discrète » ou « secrète » d’une part et la réalité de la franc maçonnerie d’autre part n’est pas ce qui importe en premier lieu aux yeux de la franc maçonnerie elle-même. La priorité est plutôt de véhiculer une image saine et bien soignée sur un mouvement inconnu, donc source de méfiance et de soupçon, et il est très difficile que la franc maçonnerie puisse un jour faire de sa vérité une priorité sur sa crédibilité et sa réputation.

 

Prenons une référence objective et commune à tous en terme de linguistique élémentaire : Larousse, et signalons au passage que les mots « secret » et « discret » ne figurent pas dans le rang des concepts complexes qui, comme « liberté », « être », « égalité », « justice » ou « fraternité », peuvent être définis d’une manière contestable, ce qui est tout à fait normal vu que des philosophies entières ont cherché à travers les siècles de donner des définitions à ces mots là sans jamais en trouver une qui peut être le sujet d’un accord unanime. On peut donc se référencer légitimement à Larousse dans le cas de ces deux mots parce qu’il n’y est d’autre « arbitre » qui puisse avoir la neutralité et l’autorité d’un dictionnaire, dans ce cas précis.

 

Larousse définit l’adjectif « discret » comme suit :

 

1. Qui fait attention à ne pas gêner, qui ne s'impose pas ; réservé dans ses paroles et ses actions.
2. Qui est fait de façon à n'être pas remarqué. Un petit clin d'œil discret.
 Qui n'attire pas l'attention, sobre. Toilette discrète.
3. Qui sait garder un secret.
4. a. Math. et Phys. Se dit d'une grandeur constituée d'unités distinctes (par opp. aux grandeurs continues), d'une variation procédant par quantités entières.
b. Inform. Numérique.
5. Ling. Se dit d'une unité faisant partie d'un système et qui peut être isolée, délimitée par l'analyse.

 

La franc maçonnerie aime se revendiquer comme étant un atelier philosophique, une modeste tentative dans le champs de la philosophie du langage serait donc –quoi qu’elle puisse paraître ridicule- la bienvenue. Plongeons au cœur des définitions proposées par Larousse au mot « discret » et posons à chaque fois la question « est ce dans ce sens là du mot il pourrait y avoir un lien corrélatif entre franc maçonnerie et l’adjectif « discrète » ? »:

 

 

         Nb : on note que seules les trois premières définitions du mot peuvent être prises en compte.

 

         1. Qui fait attention à ne pas gêner, qui ne s'impose pas ; réservé dans ses paroles et ses actions. ----> Une franc maçonnerie « discrète » impliquerait alors une franc maçonnerie qui :

          i-« fait attention à ne pas gêner » : l’attribution d’un tel caractère est dénudée de bon sens, car comme on le sait tous la franc maçonnerie se présente comme une école « humaniste », donc si l’on admet cette définition que la franc maçonnerie s’attribue par elle-même, on se trouve dans la nécessité logique d’écarter ce premier élément de la    définition (1), car, dans un absolu théorique, on voit mal comment un mouvement aussi  bienfaisant peut être « gênant ». Il n’y a donc pas de motif pour que l’on fasse « attention à ne pas gêner ».

         

          ii-« qui ne s’impose pas » : là aussi cet élément de la définition (1) est à coté de la plaque, car la franc maçonnerie s’est imposé à travers une bonne partie de l’histoire, il n’y a qu’à prendre la révolution française comme exemple. Si l’on veut être plus dans le cœur de l’actualité, on voit mal comment on ne pourrait pas « s’imposer » quand on cherche à être valorisé au plus haut niveau européen. D’une façon ou d’une autre, la franc maçonnerie s’impose, c’est une réalité.

 

          iii-« réservé dans ses paroles et ses actions » : la franc maçonnerie ne connaît la réserve ni dans ses paroles ni dans ses actions. Dire « la franc maçonnerie s’impose », comme on l’avait déjà établi, implique qu’ « être réservée » est mis de coté. Parce que pour s’imposer, il faut oser, et pour oser il ne faut surtout pas avoir le goût de la réserve.  

 

Première conclusion élémentaire : l’adjectif « discrète » ne peut être appréhendé dans ce sens là, dans le cas de la franc maçonnerie.

 

         2. « Qui est fait de façon à n'être pas remarqué/Qui n'attire pas l'attention »

          La franc maçonnerie est loin de passer sans attirer l’attention et sans se faire remarquer.  A voir les polémiques qu’elle suscite il est clair que dans ce sens là l’adjectif  « discrète » est loin de lui correspondre.

 

Deuxième conclusion élémentaire : l’adjectif « discrète » ne peut être appréhendé dans ce sens là, dans le cas de la franc maçonnerie.

 

A ce stade de notre analyse, la franc maçonnerie est dans un état que je ne lui envie pas. Car elle veut se faire attribuer une qualification dont le capital de définitions est réduit à trois possibilités, et là on vient d’en épuiser logiquement les deux premières. Il est donc possible de dire que si la franc maçonnerie tient vraiment à être qualifiée de « discrète », elle doit choisir l’une de ces deux solutions :

 

1-     S’attacher de toutes ses forces à la dernière définition du mot, qui stipule que « discret » est l’équivalent de « Qui sait garder un secret. », et accepter par conséquent de cohabiter avec son plus horrible cauchemar, celui qui lui attribue un caractère secret imputable.

 

2-     Soit, ce qui serait assez ridicule et drôle mais aussi tout à fait envisageable, demander pendant l’une des réunions « discrètes » l’aide d’un linguiste franc maçon qui participe chaque année à la mise à jour de Larousse (il y en a dans tous les domaines, je ne crois pas qu’ils ne peuvent pas en trouver un qui est linguiste), de rectifier la définition de l’adjectif « discret » de telle façon qu’on trouve au mot une définition à la mesure de l’hypersensibilité de la maçonnerie au mot « secret ».

 

Conclusion finale : Dire que la franc maçonnerie est une société « discrète », c’est dire que c’est une société qui a un secret à garder et qui sait le garder.

 

Maintenant dire que la franc maçonnerie « a » un secret ou « est » un secret est la même chose, vu qu’avoir un secret c’est être en partie un secret pour les autres.

 

Voilà une bonne définition du mot « discret » que nous sert Larousse et qui serait un bon compromis entre les « discrétophiles » et les « secrétophiles ». De toute façon ce n’est pas ça le problème. Le problème c’est quand on a quelque chose à cacher aux gens ce n’est jamais et ce ne sera jamais un bon signe. Et puis dire que « n’importe qui, ou presque (admirez bien le « presque »), peut faire partie de la franc maçonnerie » ce n’est vraiment pas ce que l’on peut appeler un « argument », car on peut aussi poser sa candidature pour travailler avec la CIA mais on est ensuite obligé « de la boucler ». (Oups j’ai choisi un mauvais exemple vu que la CIA est un service « secret » et non « discret ») « Pouvoir faire partie de la franc maçonnerie » ne lève en aucun cas l’ambiguïté qui l’entoure, pour ceux qui n’y appartiennent pas et ne veulent pas y appartenir. Même les partis politiques qui se disputent le pouvoir font leurs congrès en publique et non en toute « discrétion »…

 

Mais bon, après tout, c’est après la révélation que vient la menace du silence…


  Références: "Le mot discret pour les nuls"

Par L'Oracle - Publié dans : Franc-maçonnerie
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